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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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La Résistance à l’épreuve de l’unification et la Libération (1943-1944)

 

1°)       La recherche de l'Unité ou plutôt de l’unification

            Unité de la Résistance: une telle affirmation aurait eu à l'époque dû étonner bon nombre de résistants de base dont la recrutement dans tel ou tel mouvement relevait essentiellement de la proximité géographique et du hasard. On entrait en Résistance, et c'était là l'essentiel et on pensait être, du moins quand on n’était pas communiste, sous les ordres du général de Gaulle.  Il va s'en dire qu'il en était autrement au niveau des gens avertis des organisations et de leurs dirigeants. Une unité réclamée par la Voix du Nord depuis toujours (une recherche obsessionnelle a-t-on écrit), mais qui est réclamée avec plus d'insistance à partir de 1943..

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 les buts de l'unité ne sont pas négligeables:
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affirmer politiquement aux  Alliés que la Résistance représentait la vraie France

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recherche d’une efficacité militaire en vue de la participation des Français à leur libération

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approches et réalisations de l'unité
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 On connaît le rôle de Jean Moulin dans l’unification de la Résistance. En décembre 1942, il est mis au courant des réalités du Nord de la France et se place à ce moment l’épisode qui fera long feu de l’unité organique entre la Voix du Nord et de Libé-Nord.

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l'affaire se joue aussi au plan militaire; la mission Arquebuse-Brumaire (Passy- Brossolette) de mars-avril  1943 tente de recenser les différentes forces de la résistance de la zone nord et d'évaluer leurs besoins. Il en découle la mise en place de toute une série de dispositifs visant à accroître l'efficacité de la Résistance en vue de sa participation à la libération du territoire.

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restructuration des réseaux de renseignements (centrale Coligny qui rassemble les informations recueillies par le réseau Centurie, émanant de l’O.C.M. et de Confrérie-Notre-Dame)

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mise en place de quatre régions opérationnelle le 26 mars (directive Passy) : le Pas-de-Calais fait partie de la région A (Amiens) et devient le département A3..

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fusion des différentes troupes des mouvements dans une Armée Secrète (avec en perspective un effort de recrutement), ce qui conduit à terme à la formation des F.F.I., dans le courant de 1944

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équipement en armes et en matériel, par les parachutages avec un lien privilégié pour le PDC entre le B.O.A.-

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Organisation d'un commandement militaire unifié dans lequel sont impliqués, à côté de chefs issus de la résistance intérieure, des délégués et techniciens envoyés par Londres.
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Jean-Pierre Deshayes, agent d’opération pour les liaisons aériennes, parachuté fin 1942 gagne alors le Nord.., responsable du BOA

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Fassin, Délégué Militaire Régional pour la région A, arrive en septembre 1943 tient jusqu’au 8 avril 1944 ainsi que quelques-uns de ses radios

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Mise en place aussi de structures  politiques, dans la foulée de la création du CNR, en mai 43. Un comité régional de résistance, puis d'un comité de coordination des forces de la Résistances sont en place à l'été 43. On compte aussi des initiatives plus locales -en septembre 43, la Résistance boulonnaise tente de se coordonner, en dépit des arrestations qui la frappent  à ce moment. Londres institutionnalise les structures et incite, en août, à la création des CDL. Celui du Pas-de-Calais est créé en novembre (réunion à Lens) et se réunira plus ou moins régulièrement jusqu’à la Libération. Il comprend :
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des représentants des grands mouvements de résistance (Front national, FUJP, VDN, OCM, Résistance paysanne (tardif)

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des représentants des syndicats (CGT unitaire, CGT confédérée, CFTC

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des représentants des partis politiques [parti communiste, parti socialiste regonflé à l’été de 1943 par de nombreux élus ralliés au CAS résistants, PDP à MRP

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Des contacts réels entre organisation s'établissent qui permettent une meilleure diffusion d'une presse clandestine qui s'amplifie et qui engendre une solidarité de fait qui fonctionne quand il s'agit d'aider des résistants en danger. Les besoins techniques  sont également mieux assurés par la mise à disposition des mouvements de spécialistes (maniement des explosifs, etc..)

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De nombreuses organisations restent en marge de l'union, notamment celles qui dépendent des services britanniques ou de la Résistance polonaise, bien implanté dans le bassin minier.
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 La résistance polonaise non communiste a pour but la libération de la Pologne. Elle est relativement précoce dans le bassin minier (Zorza = l’Aurore , dans l’été 1941) et se rattache au POW fin 1942, rebaptisé POWN en mai 1943. Organisation très militarisée à base ouvrière, elle s’inscrit à l’été 1943 dans un plan Monica-Nord qui intervient essentiellement dans le renseignement relatif aux rampes de lancements et au sabotages ferroviaires

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 WO affaiblie après les arrestations de novembre 1943, mais qui reconstruit ses structures au printemps de 1944.

 

2°)       Les difficultés

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difficultés inhérentes à l'union même et aux dissensions qui séparent les grandes tendances de la Résistance.
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Les frictions sont sérieuses, au sein de CDL entre les communistes et les autres tendances. Elles portent sur la stratégie globale qui sépare partisans de l'action immédiate (communistes, OCM) et les attentistes... Les arrières-pensées politiques dominent bien souvent, et l'enjeu est bien la mainmise à venir sur les syndicats et sur le Bassin Minier, entre autre comme le révèle la  crise suscitée par la grève de novembre 1943 où communistes et socialistes se heurtent violemment.

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Dissensions encore à propos du partage des rares armes qu'ont fournies les parachutages alliés à l'OCM, dans la mesure où celles-ci n'ont pas été saisies par les Allemands. (L’OCM  a été privilégié par Deshayes lors des parachutages d’armes, à l’encontre des autres organisations pressenties comme Voix du Nord et Libé-Nord, très peu structurées au début de 1943 : 11 opérations réussies sur les 22 projetées et deux atterrissages). La faiblesse militaire de la Résistance pas-de-calaisienne reste une constante jusqu’à la Libération

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La complication des structures résistantes  ne sont pas sans générer une confusion certaine dans l'exercice du pouvoir, d'autant plus que les arrestations remettent constamment en cause des dispositifs qui n’existent bien souvent que sur le papier et que les divers mouvements cherchent à préserver leur autonomie. A cela s'ajoute l'incompréhension  entre les Londoniens, souvent imbus de leur supériorité professionnelle et les résistants de l'intérieur.

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Car la vigueur de la répression allemande est loin de s'atténuer; elle s'en prend à toutes les organisations. Les mouvements sont décimés tour à tour ou simultanément: Voix du Nord, Libé-nord et O.C.M....comme au WO  Les structures sont toujours à reconstruire.  Prise de conscience par l'O.F.K. de la force de la Résistance non-communiste

VDN

7 septembre 1942

Arrestation de Natalis Dumez

8 septembre 1943

Arrestation de Noutour

Décembre

Arrestation des nouveaux responsables VDN (Pouille, Bouchery, etc..)

4 avril

Arrestation de Pauwels

Libé-Nord

2 juillet 1943

Arrestation d’André Pantigny et de Lionel Alloy

17 septembre 1943

Arrestation de Lionel Alloy

WO

26 au 27 novembre 1943

Suite à l’arrestation de Jean Woussen qui parle sous la torture, série d’arrestations dans la région d’Arras qui amène à la mort de Trotobas à Lille

OCM

Juillet 1943

Affaire Bayart à 80 arrestations

Septembre 1943

Suite de l’affaire Grandclément ? arrestation de Raoul François

23 octobre 1943

Arrestation de Roland Farjon à arrestations des groupes UCR et des responsables locaux

Décembre 1943

Arrestations sur Lumbres, Calais et Saint-Omer

Janvier-avril 1944

Arrestations ponctuelles un peu partout

Commandement

Avril 1944

Arrestations au sommet de l’organisation militaire de la Résistance en zone rattachée (Fassin, Delvallez, etc..)

3°)            L'action

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Les formes "traditionnelles" de l'action résistante persistent
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 Les réseaux d'évasion, en dépit des arrestations qui les frappent, continue de fonctionner, en se renouvelant constamment. En 1943, Comète (Arras), Bordeaux-Loupiac (Arras- Frévent) et Shelburn  (Saint-Omer), peut-être Bourgogne  prennent le relais du réseau Pat, anéanti en mars 43.

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Les réseaux de renseignements, de diverses obédiences, se diversifient. A côté des réseaux des mouvements -tels Centurie pour l'OCM, Euléthère pour libé), Zéro-France se maintient, et d'autres apparaissent comme Mithridate, Hunter-Nord, Kléber, Thésée,.. Le rôle majeur est d’apporter des informations sur les mouvements de troupe et surtout sur les rampes de lancement.

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La propagande tend à s’amplifier, mais il est difficile de mesurer son influence

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l'action directe est loin d'être abandonnée et repart de plus belle dès l'été de 1943, à la fois dans le Bassin Minier,  dans les régions rurales du sud du département et même dans les régions littorales, où agir est rendu plus difficile du fait de la présence allemande. Effervescence particulière de l'automne 1943, liée à l'espérance proche du débarquement quand s'agitent les groupes OCM du canton d'Hucqueliers et les petits maquis de Frévent où FTP et OCM se rencontrent. Elle s’atténue à  l’hiver et au début du printemps de 1944

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la Résistance vient alors en aide aux catégories sociologiques menacées par le poids de réquisitions qui s'amplifient. L'aide est particulièrement efficace envers les réfractaires au STO, qu'on dote de faux-papiers et de lieux d'hébergement et qui peuvent constituer un vivier pour le recrutement de l'Armée Secrète.

4°)       La Résistance face à la Libération

C’est une Résistance reconstruite qui aborde la Libération, dans la foulée de l’unification et d’ un recrutement massif (il s’agit de constituer, sinon de les armer les FFI), après la répression de 1943 et du printemps 1944
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Sous le signe de l’unité représentée par le CDL, des comités locaux de libérations qui se mettent en place dès le mois d’avril 1944 . (69 CLL paraissent en place au 1er septembre 1944,  installés essentiellement dans les grandes villes du département, dans le Bassin Minier et dans quelques centres industriels)
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un commandement militaire unifié  : Fassin, le DMR, est arrêté en avril 1944 et remplacé par Chaumet. Il est secondé, à cette date, pour le Pas-de-Calais, par Leprêtre.  Gaston Dassonville (Voix du Nord) devient le chef régional des FFI, secondé par le colonel Lejeune.  Cette structure reste cependant largement théorique et peine à embrayer sur la mosaïque résistante et cette chaîne de commandement n’a que peu de moyens réels (liaisons difficiles avec Londres, car les radios sont souvent très exposés, liaisons difficiles aussi avec les mouvements soucieux de leur autonomie. .

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la mise en œuvre de plans :
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plan Tortue : neutralisation des mouvements de troupes et des Panzer

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plan Vert : attaque des chemins de fers

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plan Violet : neutralisation des communications

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L’unification a poussé certains mouvements à s'organiser véritablement, à se structurer au plan militaire, condition pour eux d'être pleinement reconnus par les instances supérieures de la Résistance. 
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Libé-Nord (Henri Henneguelle, Troy)  implante ses structures militaires (secteurs, sections, sous-sections à l'automne 1943). Elle s'implante essentiellement du Bassin Minier au Calaisis. 

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Voix du Nord- qu'on distingue parfois difficilement de Libé-Nord fait de même- et ses secteurs s'installent dans la même zone géographique, couvrant le versant septentrional du département. Ces mouvements renforcent leur organisation militaire en 1944 sur les ruines de l’OCM

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Cette OCM se reconstruit toutefois sur des bases réduites, sous l’impulsion de Jacques Piette et du régional Delvallez et autour de Ternant. L’OCM est ainsi réactivée dans le sud du département (Guittard à Frévent, Germain à Montreuil), sur Saint-Omer (Bonhomme), Lumbres et Boulogne (Lhermitte)

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La résistance communiste s’est renforcée, après l’étiage du premier semestre de 1943, sous la houlette de Louis Lallemand, interrégional depuis 1942 et d’une seconde génération de responsable
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 André Pierrard  «  Pierre » est devenu au printemps 1943 le responsable politique du Pas-de-Calais

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à partir de l’apport massif de jeunesses communistes et adopte un mode d'organisation militaire (en compagnies),  Roger Pannequin dirige les FTP départementaux

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René Lanoy, « Gilbert » a en charge un Front national implanté largement dans le département et même dans les zones rurale « le secteur paysan » propice aux « maquis verts ».

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Une « résistance » nombreuse
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425 adhérents des JC dans le Pas-de-Calais

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 3000 à 4000 membres du Front National

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pour la région, 120 groupes opérationnels de FTP de 3 à 5 membres à 10 compagnies pour le PDC

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4500 adhérents PDC aux CUS Mineurs (syndicats)

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 La presse communiste se développe, avec en particulier le Patriote du Pas-de-Calais, incisif à propos des Allemands et de Vichy, ce qui est normal, mais aussi des collaborateurs, locaux, ardemment dénoncés, ce qui prouve que les rédacteurs sont bien informés par les réseaux du Front National.

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La direction FTP essaie d’assurer une rude discipline dans ses rangs (initiative de Pannequin qui tente de mettre fin à la dérive criminelle de certains groupes du littoral). Après le massacre d’Ascq, les communistes mettent en place des milices patriotiques, visant à protéger la population.

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Le recrutement des FFI, à préparer pour l'insurrection, reprend avec succès à partir du printemps de 1944, qu'on tente de former comme on peut. Le gros problème reste celui de l'armement qui reste dérisoire et des ordres qui ne viennent que rarement.  Recrutement massif de jeunes, laissés ainsi à eux-mêmes (peut-être 12.000 au total d’après les comptabilités approximatives de la Libération). Ces résistants tardifs ne peuvent pas être considérés comme ceux de l’après dernière heure.

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L'annonce du débarquement met en action la Résistance; les corps francs, sur ordre, tentent de gagner les « maquis » prévus et l'affaire la plus sensible reste celle de compagnies FTP appelées à rejoindre le maquis de Guise, par un ordre émanant probablement du commandement FFI, mais qui reste encore mystérieux. Affaire d'autant plus sensible qu'elle conduit au massacre du Bois de Bourlon.

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Suite à ces péripéties, devant la lenteur des opérations en Normandie, la Résistance s'engage à la mi-juillet, dans l'exécution des plans de sabotage. L'on enregistre plus de 800 sabotages en juillet et août, qui touchent plus particulièrement le réseau ferroviaire, les lignes téléphoniques (nuit du 11 au 12 juillet) et les voies navigables., selon des plans plus sou moins concertés, l’initiative des groupes locaux restant déterminante. Toutes les secteurs du Pas-de-Calais sont alors concernés., sauf peut-être le littoral, où la présence allemande est surabondante.

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L'insurrection devient à l'ordre du jour à la fin du moins d’août:
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 après une foule de grèves tournantes durant tout l'été, la grève insurrectionnelle est proclamée le 25 août, et le commandement FFI donne l'ordre général d'insurrection le 28 août.

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 La libération-éclair, tout autant que la faiblesse de l’armement,  ne permettront pas à l'insurrection de prendre toute l'ampleur sans doute souhaitée par beaucoup. La guérilla menée par des troupes FFI souvent enthousiastes, mais peu expérimentées, est toutefois une forte réalité dans le Bassin minier, dans les zones du Haut-Artois, sur la ligne des canaux, sur la ligne de la Canche où se livrent de durs combats..

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Les pertes sont loin d'être  négligeables (500 FFI tués dans le Nord Pas-de-Calais) et la riposte allemande souvent violente amènent les massacres du dernier jours.  

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L’action militaire des FFI se poursuit dans les jours suivants la libération (nettoyage de la région, récupération de prisonniers) et dans les combats pour la libération des ports de Boulogne et de Calais où les groupes francs secondent l’armée canadienne.

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La Résistance au grand jour s'empare alors du pouvoir politique.  
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L’installation des Comités cantonaux et locaux de Libération se  poursuit (250 comités locaux environ et 24 comités cantonaux). 

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Ils  tentent de diriger l'épuration des anciennes municipalités,  poursuivent les collaborateurs de toute nature ; cette épuration au demeurant  reste modérée, socialement non sélective et politiquement non orientée,  comme l’écrivent Etienne et Yves

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Les organes issus de la Résistance  doivent souvent gérer une situation économique et sociale restée difficile, du fait des pénuries et de la poursuite de la guerre

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Ils règlent la question des milices patriotiques et des F.F.I., dont  un certain nombre rejoint la 1ère armée de de Lattre  et préparer le retour à une vie politique normale, ce qui s’accomplit au printemps de 1945..

 

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