Flag of Free France 1940-1944.svg

Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

Accueil

 

Le développement d’une Résistance plurielle (1941-1943)

              L’été 1941 ouvre une nouvelle période dans l’histoire de la Résistance :  l’invasion de l’Union soviétique est déterminante, dans la mesure où elle lance dans le combat contre l’Allemand le parti communiste dans son ensemble.. Après les balbutiements, et les équivoques de la première année, le temps est venu où la Résistance s’organise et se développe..

1°)       La fin des équivoques

bullet

équivoque de l'Allemand correct. Si on n'y a jamais trop cru dans le Pas-de-Calais, il n'empêche que l'Allemand a largement montré son visage répressif. Les premiers réseaux d'évasion (Saint-Omer, Ardres, Calais) ont été démantelés ou sont en passe de l'être. Les sabotages ont entraîné l'arrestation de nombreux otages et même la condamnation à mort d'une Boulonnaise (commuée il est vrai en détention à perpétuité)

bullet

équivoque du double jeu, d'un certain gaullo-pétainisme bien réel dans certaines couches de la population à l'automne et à l'hiver précédent. La décantation de l'opinion se fait au printemps 1941, avec les événements de Syrie. Très significatif est le premier numéro de la Voix du Nord (en date du 1er avril 1941", titrant "Sans équivoque", affirmant son attachement à de Gaulle et s'interdisant toute sorte de compromission avec Vichy

bullet

fin également de l'ambiguïté communiste... Le parti avait plus ou moins reconstitué ses structures clandestines dès l'été quarante, sous l'égide dans le Pas-de-Calais, d'Auguste Lecoeur, de Nestor Calonne et de quelques autres, mais sa presse ne prône cependant pas la Résistance, à l'exemple du centre parisien, fidèle à la ligne du Pacte germano-soviétique. Tout au plus, à partir du printemps 1941, y combattant les deux impérialismes, en réservant toutefois la primeur à la perfide Albion et au gaullisme. 
bullet

Cependant, dès l'automne 1940, on peut saisir une certaine dérive résistante des communistes du Pas-de-Calais, qui semble accompagner l’inflexion anti-allemande des responsables communistes, tant au niveau du Komintern (Internationale communistes), comme de certains dirigeants français, comme le montrent des recherches récentes.

bullet

tout d'abord  le mouvement social ranimé contre le patronat finit par indisposer les autorités d'occupation, d'autant plus que d'octobre à avril, le bassin minier connaît des grèves à répétitions. Une collusion effective s'instaure d'ailleurs entre le patronat et les Allemands

bullet

Ensuite, il faut compter avec les sympathisants communistes du Pas-de-Calais, imprégnés d'anglophilie, comme les autres composantes de la population. Pour les militants, qui assurent des fonction de direction, tel Julien Hapiot, jeunes pour la plupart, formés au combat antifasciste lors de la guerre d'Espagne, c'est bien l'Allemand qui est l'ennemi et Auguste Lecoeur, dans les articles qu'il écrit dans l'Enchaîné avant  mai 1941, témoigne également de son refus de l'occupant.

bullet

Dans ce contexte, la grève des mineurs, orchestrée par Lecoeur, décante complètement la situation. L’Allemand ne s'y trompe pas qui la réprime vigoureusement; la direction du Part non plus qui s'inquiète [à Paris] de la portée essentiellement anti-allemande de l'événement; "Ce n'est pas la victoire d'un impérialisme sur l'autre, etc..); les autres composantes de la Résistance -et plus particulièrement la Voix du Nord  ne tardent pas d’ailleurs à reconnaître le caractère patriotique de la grève.

bullet

Il est évident que c'est l'invasion de l'Union Soviétique qui fera que le parti entrera totalement dans la Résistance.

   

2°)       la Résistance communiste

bullet

A partir de juillet 1941, c’est la résistance communiste qui occupe le devant de la scène
bullet

par le caractère multiforme et spectaculaire de son action

bullet

par son dynamisme et une présence très forte sur le terrain, en effet  son souci de coller aux masses, comme il est dit à l’époque, est constant

bullet

par la crainte qu'elle inspire aux occupants et à l'appareil vichyste qui la répriment vigoureusement.

bullet

L’organisation communiste
bullet

La résistance communiste apparaît à qui l'examine comme une nébuleuse dont il est difficile de cerner correctement les contours. A côté de structures en apparence solides, fortement hiérarchisées, fortement cloisonnées, se développent des marges externes dont le rôle est prépondérant: elles permettent l'enracinement de la Résistance dans la population.

bullet

La structure de base de toute la résistance communiste reste le parti, dans toute sa hiérarchie, dans tout son cloisonnement. La hiérarchie part des organes centraux aux cellules, en passant par l'interrégion, le département (la fédération du Pas-de-Calais,) les secteurs , les sections, les cellules.

bullet

Le parti met en place de nombreux dispositifs qui s'adressent aux différentes catégories sociologiques de la population. Citons les Comités de ménagères (très actifs dès le début de 1941), devenus plus tard l'Union des Femmes Françaises, l'emprise sur les syndicats, notamment dans le Bassin minier, et principalement les Jeunesses communistes, vaste vivier de la Résistance communiste, puisqu'elles alimenteront constamment ses troupes de choc.

bullet

 C'est qu'un des objectifs du Parti est bien de s'articuler aux "masses", de convaincre en profondeur la population. D'où l'importance de la propagande, de la presse clandestine. A côté des organes nationaux (l'Humanité) et départementaux (l'Enchaîné), se développe toute une propagande corporatiste qui s'adresse aux différentes catégories socioprofessionnelles, aux femmes, aux enseignants et même aux paysans.

bullet

ØLes organisations de combat se mettent en place, tout d'abord au sein de l'OSC -quelques dizaines de membres à l'été 41- devenue organisation des FTP en avril 1942. Un encadrement, une hiérarchie, un cloisonnement très strict, calqué sur l'organisation du Parti Communiste, du moins en théorie, car il est évident qu'il existe des interférences entre les organisations, au niveau des échelons subalternes, contrairement à ce qui serait souhaitable, mais on manque de personnel, et des glissements sont constants d'une organisation à l'autre. Les « combattants actifs », sont d’ailleurs peu nombreux, mais ô ! combien déterminés, en dépit de leur inexpérience du début..

bullet

Dès mai 41, la direction nationale crée le Front National, vaste dispositif de rassemblement, d'union, qui dépasse largement dans son recrutement les communistes et dont l'objectif sera de fournir la logistique indispensable aux résistants engagés dans l'action. Ce Front National, prend corps dans le Pas-de-Calais après décembre 1941 (sous l'égide d'Abel Duthois de Saint-Omer, puis Robert Cliquet), mais ne se renforcera qu’à partir de 1943, sous la responsabilité de René  Lannoy « Gilbert ».

 

bullet

L'implantation de la résistance communiste reproduit celle des bassins ouvriers et plus particulièrement du bassin minier. Mais les zones très difficilement accessibles sont également touchées (Boulogne qui paraît s'organiser fin 1941 et Calais) et les exigences de la lutte nécessite la création d'un secteur paysan, qui se développe à partir de 1943; véritable arrière du front constitué par le Bassin Minier: des groupes Front National, duquel émergeront parfois quelques groupes FTP ou du Front National s'implantent à Auxi, à Fruges, à Hesdin (dès 1941), à Saint-Omer. De ce fait, la résistance communiste: c'est une résistance surtout ouvrière - 75% d'ouvriers), dans laquelle les jeunes  jouent  un rôle déterminant

bullet

L'action directe
bullet

L'action de la résistance communiste jusqu'à la fin de l'année 1942 est multiforme et ne suit pas une courbe linéaire. Le  spectaculaire, c'est bien sûr l'action directe faite de sabotages, de coups de main, d'attentats.

bullet

Lors de la première poussée qui correspond au mois de l'été, ce sont les sabotages industriels et ferroviaires qui sont privilégiés.  Au mois de septembre, les incendies de meules, préconisés  par la direction FTP traduisent un élargissement des objectifs dont sont les victimes les agriculteurs qui sont censés pratiquer un marché noir éhonté -la dimension sociale de la résistance FTP est très présente à travers ce type d'actes- et les archives policières se font largement l'écho de telles flambées.

bullet

Le paroxysme de l'action directe est atteint au printemps 1942 et d'avril à juin, le nombre d'actions est de l'ordre de la dizaine mensuelle. A côté des objectifs "traditionnels", l'on observe désormais des coups de mains contre les fermes, contre les mairies, contre les débits de tabac. De plus en plus de FTP se sont réfugiés dans la clandestinité et il faut dès lors les pourvoir de cartes de ravitaillement. L'on s'en prend directement à l'occupant, dont on tente de voler l'armement; Charles Debarge franchit le pas, le 12 avril 1942, en attentant directement à la vie de l'Occupant (Pont Césarine à Lens; autre action spectaculaire:  l'attaque de la Kommandantur de Lillers le 13 avril 1942. Quelques attentats aussi contre tout ce qui est supposé collaborateurs, contre des porions qui abusent de leur autorité.

bullet

Une résistance massacrée

bullet

la première génération de résistants communistes a été littéralement massacrée: arrestations, réquisitions et exécutions connaissent leur maximum entre l'automne 41 et le printemps 42, en concomitance avec le paroxysme de l'action directe. La plupart des responsables FTP- quand ils n'ont pas été appelés à d'autres fonctions extérieures à la région- ont ainsi pratiquement été pour la plupart éliminés.

bullet

Cet acharnement répressif -qui ne touche pas seulement les résistants, mais nombre de communistes ou supposés tels (par mesure préventive)  est corrélatif à la crainte que les communistes inspirent à l'occupant qui reçoit d'ailleurs -du moins jusqu'au printemps 1943 et l'affaire du commissariat de Beuvry- le concours des polices françaises, qui se révèlent d’ailleurs les plus efficaces dans la chasse aux communistes (comme le sinistre Fleurose de Lens)

bullet

A l'automne 1942, la résistance communiste est décapitée (Debarge est tué le 25 septembre) et il est nécessaire de la restructurer. Une seconde génération de dirigeants est alors installée: elle ne tiendra guère plus d'une année... L'étiage de l'activité communiste se situe d'ailleurs au printemps 1943.  

3°)       La résistance non communiste  

            A côté de la résistance communiste, se développe ce que l'on pourrait appeler une résistance gaulliste, véritable "nébuleuse" qui peine cependant à s'organiser, en tant que telle.

bullet

Le mouvement  Voix du Nord en présente le symbole éclatant, à tous points de vue
bullet

une organisation informelle, structurée autour de la parution et de la diffusion d'une journal. Le centre géographique est la région de Lille, mais les réseaux de diffusion atteignent le Pas-de-Calais, par l'intermédiaire des cheminots d'Arras. L'Audomarois, en contact par les activités d'évasion avec le centre lillois sont touchés, et même le Boulonnais, dans la zone très interdite que constitue la zone rouge.

bullet

Fédérateur d'une résistance protéiforme, constituée de nombreux petits groupes qui cherchent depuis 1940 à faire quelque chose, et qui rassemble d'ailleurs des membres venus des anciens partis politiques qui refusent la défaite ou opposés par conviction au vichysme: tel  les démocrates-chrétiens, ou encore les socialistes qui peinent à maintenir dans la région un Comité D'action socialiste, en attendant, pour ces deniers leur affiliation à Libé-Nord, en mai 43.

bullet

Ces groupes d'articulent comme ils peuvent aux réseaux qui se mettent en place, en fonction de tâche précise qui leur sont assignés. Ces réseaux émanent à la fois des services gaullistes (le BCRA), des services britanniques (L'Intelligence Service), et sont la seule force opérationnelle jusqu’à la fin de 1942.

bullet

Les réseaux d'évasion dont le plus important est le réseau Pat O'Leary se structurent efficacement au printemps 1941 et fonctionnent "normalement" en dépit de nombreuses arrestations (septembre-décembre 41; début 43) jusqu'à la fin de l'occupation

bullet

Présence aussi de très nombreux réseaux de renseignements initiés par les Britanniques et le BCRA recrutant dans des milieux spécifiques, fonctionnalisme oblige...
bullet

 Alliance

bullet

 F2 ou Interallié (fonctionne surtout sur le Nord

bullet

les Belges (Zéro-France) : 100 agents dans le PDC second semestre 1943,

bullet

 le B.C.R.A. :  Confrérie-Notre-Dameà les frères Delattre d’Outreau

bullet

Le réseau "Cohors-Asturies", à l'initiative de Libé-Nord", cherche à dépasser le cadre d'un simple réseau de renseignement et vise, dès le printemps 42, à créer des groupes d'action..

  4°)       Fin 1942.- les premières grosses structures de la Résistance non-communistes

bullet

l'O.C.M., mouvement dont l'histoire est particulièrement bien connue (travaux d’Arthur Calmette relayés par Fernand Lhermitte)
bullet

création en juillet 1942, sous l'impulsion de Roland Farjon, autour des "quatre amis d'Arras" qui forme le premier état-major du mouvement dans le département. Le mouvement tente dès lors de s'implanter solidement dans le Pas-de-Calais, en rassemblant toutes les énergies potentielles résistantes qui se trouvent sur place. Responsables départementaux : Baudel, Duflot, François, Helle, Pétrin, Delassus, Lobbedez, Dordain, etc..

bullet

un mouvement hiérarchisé en secteurs, en sous-secteurs, en groupes locaux, bien implanté dans les zones rurales : il couvre l’ensemble du département.

bullet

Nombreuses catégories sociales touchées et pas seulement  recrutement "bourgeois-national": cadres moyens certes, mais des agriculteurs, des instituteurs-secrétaires de mairie rendues indispensable pour les services qu'ils peuvent rendre dans le domaine des faux-papiers.

bullet

On s'adonne essentiellement au travail de renseignement, en attendant la formation d'une armée secrète, mais les liens avec les réseaux d'évasion rendent plus efficace l'action globale de la Résistance.  Le mouvement, incontestablement le mieux structuré de la Résistance non communiste, servira de support, en 1943, aux opérations de parachutages du B.O.A.

bullet

le réseau W.O. (réseau d'action initié par le War Office de Londres (réseaux Buckmaster) et créé autour du capitaine Michel, à compter de la fin de 1942. L'extension se fait surtout en 1943, à partir du centre lillois, vers les régions de Béthune et d'Aire-sur-la Lys où l'adhésion de groupes locaux est acquise, vers Arras également, zone importante pour les parachutages d'armes, nécessité consubstantielle pour une organisation  dont le sabotage industriel est l'essence même.

 

suite