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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Une résistance précoce (1940-1941)

 

1)                 tout d'abord, et Etienne Dejonghe l'écrivait dès 1971, on souligne le caractère précoce du redressement national, ceci dès l'été et l'automne de 1940. L'anglophilie de la population est d'emblée manifeste et touche la plupart des milieux, de l'arrondissement de Béthune, arrondissement le plus peuplé et le plus ouvrier de France aux campagnes les plus reculées. Ce sentiment peut éventuellement s'accommoder d'un pétainisme de sentiment aux contours très flous, du moins dans un premier temps; il permet au gaullisme fondé sur la volonté de résistance- de s'enraciner. Les manifestations gaullistes et anglophiles ne sont pas sans ampleur dans le Pas-de-Calais: les tombes des soldats alliés tombés en 1940, sont constamment fleuris,  les obsèques d'aviateurs tués au combat rencontrent un grand concours de population, les mots d'ordre de la France Libre lancés par la radio de Londres sont largement suivis. L'effervescence gaulliste nourrit un fort courant de fronde qui culmine lors du 14 juillet tricolore de 1941, avec en particulier la campagne des V..

  2)                 Ce sentiment anti-allemand nourrit une espèce de résistance-réflexe qui se traduit à la fois par de nombreuses actions de sabotage et par l'aide spontanée apportée aux soldats britanniques restés en France après Dunkerque.

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Dès les premiers jours de l'occupation, commencent en effet les sabotages -généralement des fils téléphoniques allemands-, actions  dont on évalue mal le risque, mais relativement nombreuses sur l'ensemble du département: 178 cas relevés par la gendarmerie de juin 40 à juin 41, avec trois temps forts: la fin de l'été 40, l'hiver 40-41, mai-juin 41. Si ces actions sont réparties, au début, sur l'ensemble du département, elles tendent à se concentrer au printemps 41 sur le Bassin Minier et dans le Calaisis.

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Récupération d’armes aussi un peu partout et les Allemands découvrent parfois d’importantes caches comme à Harnes à l’automne 1940

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L'aide aux soldats britanniques restés en France après Dunkerque va constituer une activité de choix pour ceux qui cherchent à faire quelque chose. Des groupes locaux d'inter connaissance se forment, car il faut héberger, habiller, nourrir, et à la fin de l'été 40, se mettent en place les premières filières de rapatriement, par Lille, par Aire-sur-la-Lys, par Arras... (filières de La Madeleine, autour de ce qui sera bientôt la Vraie France; filière Richard Coeur de Lion, à Arras, énigmatique réseau Lord Denys qui pousse les linéaments jusqu'à Aire, Saint-Omer et Pas-en-1tois, et pour la région de Béthune, un groupe du réseau du Musée de l'Homme, à Calais, le réseau Jean de Vienne de Lionel de Pihno)

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D'autres recherchent les moyens d'agir et le font en essayant de se retrouver et de se regrouper (les solidarités classiques, bien que mises à l'épreuve par l'invasion et la défaite, restent les cadres privilégiés de ces travaux d'approche, solidarités professionnelles ou politico-syndicales, parmi lesquels on trouve
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des chrétiens démocrates, comme Jo Martin et Jules Catoire,  initient des premiers noyaux de résistance (dénonciation des militants CFTC dès l’automne des orientations de Vichy à publication de tracts à aide aux soldats alliés. Jo Martin crée, dans le canton de Carvin,  un groupe qui se spécialise dans la récupération d’armes. Forte protestation syndicale

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des socialistes comme Just Evrard, Emilienne Moreau et André Pantigny qui refusent le charme tranquille de la "gestion du malheur" … Rencontres privées de responsables coupés de tous contacts avec la population . Fondation en mars 1941 du CAS avec entre autres Raoul Evrard. Qui ne trouvera son aboutissement dans la région qu’a l’été 1941 : moyens matériels médiocres, faiblesse à engagement postérieur des socialistes dans les mouvements

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Il en sort parfois la diffusion de tracts, opérations toujours restreinte, qui servent à relayer les informations données par les radios britanniques, ou encore à amplifier le discours du Général de Gaulle. L'entreprise la plus importante est alors la parution (dans la région de Lille) des "Petites Ailes du Nord", au ton à la fois anti-allemand et nationaliste (avec un zeste d’anti-sémitisme), et qui servira de modèle aux Petites Ailes de France quand au printemps de 1941 Frénay le découvrira par l’intermédiaire de Guédon et de Pierre de Froment, révélateur  d'un pétaino-gaullisme qui a fait illusion un certain temps. A signaler aussi l'initiative du groupe "Patrie" de Boulogne-sur-Mer dont le premier numéro paraît en mai 1941, au ton peut-être naïf mais dont les sentiments anglophiles et gaullistes sont nets, en, attendant la Vraie France, initiée par des Lillois pour faire pièce aux trop vichystes « Ailes du Nord » qui disparaît, et surtout la Voix du Nord, de Dumez et Nautour, flamande certes, mais diffusée dans le département par l’intermédiaire des cheminots

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 Il faut noter aussi les tentatives londoniennes d’implanter des réseaux. Celles-ci émanent à la fois des services britanniques (l’Intelligence Service) et des services gaullistes. Au compte des premiers, on a évoqué les essais de structuration des filières d’évasion ; les seconds implantent le réseau de renseignement Saint-Jacques, opérationnel sur le littoral dès le début de 1941.

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Sollicitation aussi des services de renseignements de l’armée français (vichystes) qui semblent recruter dans le Pas-de-Calais, on ne sait trop, il est vrai, à quelles fins…

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Toutes ces initiatives nourrissent un terreau patriotique, dans lequel s'enracinera la Résistance future. Les résistants de 1940, tels qu’on peut les connaître,  sont bien souvent issus des classes moyennes et plus particulièrement des classes moyennes indépendantes, mais beaucoup des tenants de cette première résistance informelle n’ont pas persisté par la suite et n’ont donc pas en conséquence fait valoir leurs droits

           

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