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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Le groupe "Patrie" de Boulogne-sur-Mer

De l'autre côté du département, à Boulogne-sur-Mer, la situation était plus délicate: la ville était dès septembre incluse dans la zone rouge, zone très interdite. Des groupes de patriotes, gaullistes, se retrouvèrent dès les premiers mois de l'occupation, se réunissant dans une semi-clandestinité, dans des cafés, fait qui marque une continuité certaine avec les pratiques politico-associatives de l'avant-guerre. Ainsi le "Club des Tordus", signalé par Guy Bataille, se réunissait au café de l'Omnia, rue Coquelin, et on se préoccupait surtout de faire évader des soldats anglais. Il parvenait, probablement à l'automne, à organiser vers Lille une évasion, ce que mentionna la B.B.C. Ce "club" devint cependant bientôt inactif, faute sans doute d'avoir trouvé des liaisons, mais il rassemblait une quinzaine de personnes, dont certains persitèrent au sein d'autres organisations et payèrent de leur vie.

 

Mais l'isolement dans lequel était cantonnée la cité portuaire conduisit certains notables boulonnais à créer le groupe "Patrie", qui fut ici l'initiateur de la Résistance locale. Ce mouvement est né de la tentative d'organiser des résistants qui depuis l'invasion tentaient de venir en aide aux soldats alliés. L'âme en fut le Docteur Maurice Vanheeckoet, chef d'escadron en retraite; il ne tarda pas à s'associer à un imprimeur, Emile Bertrand, dans le but d'obtenir de faux-papiers. Guy Bataille précise que c'est l'esprit des anciens combattants qui fut leur motivation essentielle. On ne tarda pas à regrouper, dans le "microcosme" boulonnais tous ceux qui étaient de sympathie anglophile et on sentit la nécessité de lutter contre la propagande allemande. C'est ainsi que le 20 mai 1941 naquit un bulletin tiré à mille exemplaires, "Patrie", qui donna son nom au mouvement, comme ce fut souvent la règle. "Patrie", "organe des Patriotes, Opprimés, Affamés, mais Résistants", proposait un programme guidé par le seul "esprit français", programme ordonné autour des trois termes de la devise républicaine (Fraternité, Liberté, Egalité) et le retour à la démocratie. Il définissait, pour le présent, les tâches urgentes:

 

 

a) Travailler à la libération du pays en chassant l'ennemi, ses complices et même ses comparses

Ne pas tolérer un retour trop précoce à la vie politique des gens qui ont tout abandonné, même leur cité, sans tenter d'y revenir et qui voudraient faire excuser et peut-être prôner leur raisonnement de la peur

b) Passer à l'assainissement de la France, en extirper la Dictature, chasser ses complices, éloigner ses comparses

Faire juger ceux qui ont profité de ses postes et de ses faveurs

Relever tous les fonctionnaires qui, pour l'aider et sans nécessité de vivre, ont augmenté leur zèle dans ce but et ont peut-être même nui à leurs collègues, à leurs concitoyens.

c) Procéder au rétablissement progressif sans heurts et dans l'ordre de toutes les libertés, mais combattre particulièrement la débauche, les profits personnels injustifiés.

 

Patrie fait état de quelques considérations politiques pour l'avenir, prône le rétablissement d'une république où s'affirmerait une "autorité ferme et bienveillante", où l'association du Capital et du Travail permettrait l'égalité. Ce mouvement s'affirmait, d'emblée, gaulliste, croyait en la faillite de Pétain tout en le ménageant, parce qu'il estimait que Vichy n'était pas libre, qu'il était sous l'influence de l'ennemi:

 

"..nous ne lui devons obéissance que dans la mesure où ce qu'il fera ou édictera ne sera pas contraire aux intérêts français, contraire à la victoire que nous voulons voir revenir dans notre camp"

 

Il faut dire qu'on sacrifiait à l'air du temps, en faisant preuve d'un léger(?) soupçon de xénophobie, comme en témoigne le numéro du 18 juin 1941, qui voulait que "on laisse la France aux Français " et qu'on n'accepte plus chez nous "le ramassis de tout ce que vomissent les autres pays" .

 

Nos résistants boulonnais étaient convaincus de la victoire alliée, des Anglo-américains, longs à la détente peut-être, mais qui fourbissaient dans l'ombre leurs armes et préparaient de puissantes armées.

 

Le livre d'or rédigé en 1946 montre comment s'articulait alors l'organisation. Elle faisait appel à des rédacteurs (Vanheeckoet, Emile Bertrand, l'abbé Warot), des techniciens de l'imprimerie (la famille Bertrand, Gustave Marc, Armand Fosseux), mais aussi à des bailleurs de fonds parmi lesquels se rencontrait surtout le petit monde de la médecine, tant il est vrai que la Résistance, même naissante, ne pouvait vivre d'amour de la patrie et d'eau fraîche.