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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Le réseau du Musée de l'Homme

Le réseau du Musée de l'Homme passe pour avoir été le premier mouvement constitué en zone occupée; autour de Germaine Tillon, Boris Vildé, Hauet, il a multiplié ses activités à partir de l'automne 1940 et tenté de regrouper, dans une action coordonnée, tous les petits groupes qui s'étaient investis dans la Résistance.  Le réseau a touché la zone interdite, à travers le groupe de Béthune, animé par Sylvette Leleu, l'épouse d'un garagiste. L'évacuation des prisonniers de guerre et des Britanniques s'avéra pour nos Béthunois une activité de choix, lors de l'été et de l'automne 1940. Sylvette leleu y brillait particulièrement, favorisant même des évasions à partir d'un hôpital militaire. Les facilités de déplacement qu'elle rencontrait dans l'exercice de son métier, lui permettaient d'évacuer vers Paris, à raison d'un voyage par semaine, les Britanniques qu'elle récupérait. Elle était aidée dans cette tâche par une trentaine de personnes, la plupart localisées dans les environs proches de Béthune, d'Haisnes-les-la Bassée à Enginegatte. Parmi les plus actifs, se manifestaient  Jules Andrieu, ancien combattant de l'autre guerre, principal d'un collège, Angèle Tardiveau, soeur Marie-Laurence, une Irlandaise née dans le comté de Cork, Robert Henneton et bien d'autres encore. La résistance précoce était, nous l'avons dit, nébuleuse, à peine structurée, et il est établi que Sylvette Leleu était aussi en contact avec le groupe Richard Coeur de Lion dont nous avons précédemment parlé[1], et par cette voie, certains Britanniques purent également être acheminés vers la capitale.

 

            La liaison du groupe de Béthune avec le réseau parisien du Musée de l'Homme se fit par l'intermédiaire de René Sénéchal, un jeune comptable de dix-huit ans, dont le désir était de rejoindre la France Libre[2].. Sylvette lui procura l'adresse d'une de ses relations parisiennes, qui le mit en contact avec Boris Vildé, un des chefs du réseau. Pour des raisons familiales, le jeune Sénéchal ne put quitter la France et il devint agent de liaison, courrier du réseau, entre le groupe béthunois, rattaché par ses bons soins, Paris et aussi la France non-occupée. Il se faisait à l'occasion convoyeur de Britanniques et il est fort probable que la filière empruntée passait par Toulouse et au-delà gagnait les Pyrénées[3].

 

            Le rattachement du groupe de Béthune au Musée de l'Homme permit à nos résistants nordistes d'accroître et de diversifier leurs activités. A leurs tâches initiales s'ajoutait désormais le renseignement et il est plus que probable qu'ils diffusèrent dans le Nord le journal clandestin "Résistance" que l'équipe de Paris faisait paraître en décembre 1940. Sylvette Leleu reçut un paquet du numéro 1 et une source mentionne qu'Andrieu figurait parmi les rédacteurs[4].

           

            Quoi qu'il en soit, les dégâts causés à l'état-major parisien du Musée de l'Homme par le traître Gaveau finirent par toucher le groupe de Béthune. René Sénéchal fut arrêté en avril 1941 à Paris. Dans son carnet -ô imprudence! , la police allemande découvrit l'adresse de Sylvette Leleu. L'enquête, menée dans le Nord, conduisit à une vingtaine d'arrestations qui s'échelonnèrent du 16 avril au 13 juillet 1941[5]. Au début de 1942, les Allemands jugèrent les dirigeants du réseau en un  procès exemplaire et retentissant et le 23 février furent fusillés, au Mont-Valérien,  René Sénéchal et Jules Andrieu. Robert Henneton suivit à son tour, à Lille, le 3 juillet. Les autres membres du réseau connurent des fortunes diverses.

 

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[1].                Témoignage de Madeleine Guillemant, déjà cité.

[2].                L'historien américain Paul Blumenson a consacré un livre à l'étude de cette première organisation française de la Résistance et c'est son ouvrage qui constitue l'essentiel de notre information. Blumenson Martin, Le réseau du Musée de l'Homme. Les débuts de la Résistance en France. Le Seuil, 1977, 284 pp.

[3].                Blumenson, ouvrage cité

[4].                Catalogue des périodiques clandestins, Paris, Bibliothèque Nationale, 1954

[5].             Sont arrêtés: Sylvette Leleu, Bar André, Bocquillon Lorette, Demandrille Victoria, Demandrille Henri, Duvivier Renée, Henneton Robert, Piesses Fernand, Piesses Marie, Walle Marcel, Walle Joseph, et son épouse, Henri Duchâtelet, Andrieu Jules.