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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Le réseau Jean de Vienne

Grâce aux patientes recherches de Robert Chaussois, nous sommes en terrain plus solide avec le réseau Jean de Vienne de Calais. Cette organisation émane d'un groupe de patriotes, animés dès le mois de juillet de l'an 1940 par Marcel Féty, commissaire aux Renseignements Généraux, Lionel de Pinho et Marcel Delage, directeur du Printafix. Le groupe qui se met en place se fixe d'ailleurs une mission qui dépasse largement la seule récupération des militaires alliés. Il veut aussi collecter et transmettre à Londres des renseignements militaires, ce qu'il fit d'ailleurs par l'intermédiaire d'un amateur radio, qui muni d'un matériel de fortune, émettait en clair dès la fin de l'an 1940.

Ce groupe d'après les archives qui sont conservées revendique d'ailleurs un nombre très important de membres, soixante-cinq, recrutés dans tous les milieux sociologiques de la ville de Calais, mais il est difficile de savoir si les résistants ainsi mentionnés, furent réellement en activité dès les premiers mois de l'occupation. Il n'empêche que, comme à Saint-Omer, l'aide aux Britanniques, relativement nombreux, nécessitait un vaste concours de "peuple", tâche rendue très ardue par la forte présence allemande, en une zone opérationnelle, et par la vigilance des autorités d'occupation, qui dès juillet, multipliaient les menaces. Le groupe s'appropria rapidement une reproduction du cachet officiel de la Kommandantur, ce qui lui servit à la fabrication de faux-papiers et ausweiss.

Les premières évacuations de Britanniques eurent lieu en janvier 1941. Le passage des lignes de démarcations habituelles se compliquait encore d'une autre frontière, celle de la zone rouge à quinze kilomètres de Calais. Les candidats à l'évasion, munis de bicyclettes, la longeait pendant une cinquantaine de kilomètres, jusqu'au petit village de Parenty, où ils étaient reçus par l'abbé Fourdinier, curé de ce lieu. C'était la première étape. Ensuite, ils gagnaient Abbeville, où Edmond Fortin, un négociant, rue du Moulin du Roi, les hébergeait et leur faisait franchir la ligne de la Somme. Ils prenaient alors le train pour Paris, puis Bourges. En cette ville, les bicyclettes étaient reexpédiées vers Calais, et un passeur aidait à franchir la ligne de démarcation. Vingt-sept soldats anglais utilisèrent cette filière, en 1941, pour gagner la zone non occupée

Outre les Anglais, la filière fonctionnait pour des ressortissants français désireux de rejoindre les Forces Françaises Libres. C'est l'aventure que connaît Alfred Beaugrand, en mars 1941, qui partit avec Robert Buzza et un Britannique, Rex Kember, hébergé depuis mai 1940 à Audinghem, puis à Calais, chez Mme Vve Leroy et chez M. Boutoille. La ligne de démarcation fut franchie à la Guerche en Indre-et-Loire, car le passage de Bourges avait été coupé. A noter que l''Anglais fut arrêté par la police française en zone non occupée et que Robert Buzza rejoignit Calais, car sa misssion avait été de reconnaître la filière. Au total, sept jeunes Français auraient ainsi pu rejoindre les rangs des F.F.L.

Toutes les tentatives n'étaient pas couronnées de succès. Le 18 mars, quatre jeunes calaisiens, qui avaient emprunté la filière, pour s'engager dans les F.F.L., furent arrêtés à Pont-Rémy, sur la ligne de la Somme. Jugés à Amiens par un tribunal militaire, ils furent condamnés à six mois de prison pour circulation sans laissez-passer. Ils furent libérés le 9 août, au fort de Romainville.

Le réseau Jean de Vienne ne put fonctionner, dans sa version calaisienne, que quelques mois. Depuis décembre 1940, les services allemands étaient aux aguets, multipliaient leurs investigations par le biais d'agents français. Soeur Edwige, une résistante engagée dans le groupe et qui soignait, dans l'hôpital où elle était employée, des soldats anglais, se souvient d'avoir reçu la visite, en décembre, d'une dame en noir, distinguée, qui faisait des recherches auprès des habitants de Calais pour savoir si des soldats étaient hébergés chez eux. Elle apprit avec stupeur que des membres de la Résistance avaient été arrêtés et conduits à Boulogne-sur-Mer. Ce fait est peut-être corroboré par l'arrestation de Mme Julienne Deckmuyn, de Marck-en-Calaisis, en janvier 1941.

Quoi qu'il en fût, le réseau fut décimé dans le courant du mois d'août 1941. Sur dénonciation, les Allemands arrêtaient, le 8, Gaston Marie et sa femme qui avaient hébergé deux soldats anglais et Maurice Fourré, un inspecteur de police qui livrait des fausses cartes d'identité...Le 13, c'était le tour des promoteurs du réseau, Lionel de Pinho et Marcel Delage..