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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Le groupe de la Madeleine ou la Vraie France

Le groupe de la Madeleine-les-Lille que par commodité nous désignerons sous le nom de la "Vraie France", du titre d'un périodique clandestin qu'il  diffusa à compter du printemps de 1941[1] aida semble-t-il aux premières évacuations de soldats britanniques à partir du Nord de la France.  Il semble que ce groupe fut activé, pendant l'été 1940, par Harold Cole, un sous-officier britannique un tantinet aventurier qui prit le pseudonyme de "Paul Delobel". Comme ce personnage par la suite se devait de trahir lamentablement et devenir "le pire traître de la guerre" selon son récent biographe, l'on a sans doute plus ou moins occulté son action qui fut cependant réelle. Dès la fin de l'été, des passeurs courageux  tels Edouard Pieters convoyaient vers la zone non-occupée des Britanniques. Cole cependant semble être resté toujours dans le Nord à cette époque. La filière passait la véritable frontière qu'était la zone interdite à Jussy, dans l'Aisne, où elle utilisait moyennant finances les services d'un passeur, Jean Bustin.  

            Cole entreprit d'organiser la région à partir du noyau  de la vraie France. Il multiplia à cet effet les contacts et intervint plus particulièrement en Audomarois et en Béthunois. En septembre, il rencontrait par hasard,  Alfred Lancelle, un négociant de Saint-Omer, au café Chopin, boulevard de la Liberté, derrière la gare de Lille. Les deux hommes se connaissaient, relations de la Drôle de Guerre. Lancelle et Désiré Didry contribuaient depuis quelques semaines à aider les Britanniques cachés dans les marais de Tilques. Ils animaient un petit groupe d'Audomarois, sensibles au discours gaulliste et qui ne demandaient pas mieux que d'agir. Parmi ceux-ci, on trouvait un coiffeur de la rue de l'Ecusserie, Alfred Bourgeois,  et un prêtre, l'abbé Courquin, curé de la paroisse Saint-Denis, qui prêchait ouvertement ses sentiments anglophiles, ce que signalait d'ailleurs, dès le mois d'août, un rapport du VIIème Corps d'armée allemand en stationnement dans l'Audomarois[2]. En octobre, Lanselle favorisa même l'évasion de quatre soldats britanniques soignés à l'Hôpital Saint-Jean[3]. 

            Lors de la rencontre avec Cole, il fut décidé de diriger les Britanniques qui se trouvaient dans la région de Saint-Omer vers Cole qui se trouve en cheville avec le groupe de la Madeleine. Dans l'exercice de sa profession, Lanselle avait obtenu un camion anglais de la Kommandantur de Saint-Omer, avec lequel il pouvait convoyer jusqu'à Lille les rescapés[4]. Dans l'espoir d'autres départs, les Anglais furent rassemblés dans la ville de Saint-Omer où le groupe put compter sur le concours d'une vingtaine de familles. Mais ce ne fut pas avant le 2 janvier 1941 qu'un  convoyage massif s'effectua, sous la conduite de Désiré Didry. 

            Il était temps. En effet, les autorités occupantes étaient alertées depuis quelques mois et elles menaient des enquêtes plus ou moins discrètes. L'inexpérience dans l'art tout neuf de résister entraînait des indiscrétions. L'imprudence de certains Britanniques qu'il était difficile de tenir en cage y ajoutait. La police allemande était déjà intervenue dans les marais dès le mois d'octobre et avait procédé aux premières arrestations de l'Audomarois. Le 4 janvier 1941, elle démantela le groupe de Saint-Omer: vingt personnes furent arrêtées dont Alfred Bourgeois. Désiré Didry put le 14 janvier faire convoyer par un neveu de l'abbé Courquin, désireux de s'engager dans la France libre, un reliquat de Britanniques dirigés vers l'Ambassade américaine de Vichy [5]. 

            Dans la région de Burbure-Lillers, Cole trouva deux collaborateurs précieux dans les personnes de Fernand Selingue, un jeune enseignant de Lillers et de Protais Dubois, un mineur de Burbure. Salingue avait été contacté par Dubois au moment du crash d'un aviateur britannique, aux fins de traduction et il prit la tête du réseau local. Il voyageait fréquemment jusqu'à la Madeleine et était aidé dans les convoyages par un brasseur, Marcel Rousseaux, qui embarquait les Anglais dans des tonneaux de bière, vides bien entendu[6]. 

            Le groupe de la Vraie France était aussi en relation avec un noyau constitué dans la région de Lens. S'y activaient Jeanne Lukazik, l'abbé Dupuis de Grenay, Eugène Rincheval, de Libercourt et probablement la famille Somville de Lens. Au début de 1941, Jeanne Lukazik conduisait au moins à deux reprises des Britanniques chez Pieters à Roubaix; on sait de ce dernier personnage qu'il effectua de fréquents convoyages jusqu'à Marseille[7].


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[1].Duprez H., Combats dans l'ombre et la lumière. Episodes de la résistance dans le Nord de la France. Témoignages et souvenirs. Paris, la Pensée Universelle, 1979.

[2].Archives allemandes, VIIème Corps d'Armées, cité dans le fichier chronologique Lhermitte. Le fait est cité par Henri Michel, La guerre de l'ombre. La Résistance en Europe.

[3].Dufay Raymond, La vie en Audomarois

[4]Tém. Lancelle, Murphy, Turncoat, p 48-49               

[5].Lettre de A. Courquin à René Lesage, 1979.

[6]. Murphy, ouvrage cité, p 49.

[7]. Dossiers CVR des intéressés.