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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Extraits du journal de Pierre Corvisier, jeune Audomarois d'une quinzaine d'années en 1940

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26 août 1940.- On apprend de source autorisée que 9 ou 10  Anglais sont descendus en parachute et qu'on les recherche. 7 anglais ne connaissent pas le français sont cachés dans une ferme. Un Allemand nous a dit : "Dans 14 jours, la guerre sera finie." Saint-Jean est occupé par les Allemands. Il n'y a qu'une seule religieuse. Un Allemand avait demandé à Mme V... si elle écoute Londres. - non - même pas un petit peu ? - non. Aussi quand il fut parti, vite j'ouvris le bouton pour les informations de Londres.- Pierre Corvisier

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 27 août 1940.- Les otages pris à Lumbres sont mis en cellule. Grande sévérité pour le village. Rentrée à 6 heures  la semaine, à 3 heures le dimanche. On ne trouve pas les saboteurs. Il ya des chances pour que ce soit les Allemands. Les Allemands brouillent le poste de Londres. C'est d'ailleurs très grave de l'écouter. 15 ans de travaux forcés à perpétuité.- Pierre Corvisier

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 29 août 1940.- Nouvelle affiche concernant les soldats anglais ou français (du général de Gaule) :
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peine de mort ou travaux forcés pour celui qui les héberge, celui qui ne les dénonce pas, celui qui les aide.  On dit encore qu'on prendra des otages. On dit que deux Anglais ont été surpris avec un poste émetteur. Une bonne femme a prévenu Wattcott : "sauve-toi, t'es vendu". Il était sur un chantier habillé en Allemand.- Pierre Corvisier

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 9 septembre 1940.- Un Italien fait passer ceux qui veulent aller de la Somme en Pas-de-Calais pour 1000 à 1500 Fr.- Pierre Corvisier

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 24 septembre 1940.- D'après la prophétie de Don Bosco, la guerre doit finir le 8 octobre. Pourvu que cela soit vrai. Tout le monde le souhaite.

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 26 septembre 1940.- Les jours derniers, trois enfants ont "singé" les chants allemands : ils sont passés au pas en chantant devant une sentinelle : "Ali Alo le joli chameau". La sentinelle s'est mise en rage.

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 1er octobre 1940.- Il paraît d'après une prophétie de Don Bosco que dimanche prochain, il va y avoir un grand miracle en notre faveur. C'est le curé de St-Denis qui l'a annoncé. C'est un optimiste et il y a toujours beaucoup de monde à son salut qui est intéressant.

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 2 octobre 1940.- Il paraît que sur 64 avions partis des Bruyères, seulement 18 sont revenus à leur base.

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18 octobre 1940.- Quatre Anglais se sont évadés de Saint-Omer de l'hôpital Saint-Louis. Ils étaient guéris. L'évasion a eu lieu par un procédé très curieux, original et héroïque. Un avion anglais a descendu très bas, a mitraillé des personnes dans la rue, a atterri aux Madeleines. Nos quatre Anglais ont sauté dans l'avion qui est reparti aussitôt. Résultat : défense de voir les Anglais à l'hôpital.- Pierre Corvisier

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 7 novembre 1940.- Plusieurs affiches ont paru en ville pour régulariser l'éclairage. Pour certains jeunes gens mal polis envers les Rathous (surnom nouveau donné aux Allemands parce qu'ils sont pressés).- Pierre Corvisier

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 29 novembre 1940.- On raconte que des personnes font la quête pour De Gaulle pour leur faire attraper une amende.- Pierre Corvisier

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 1er décembre 1940.- Voici comment s'est déroulée et terminée cette (inutile) manifestation d'étudiants. Ils défilaient lorsque l'un d'eux entonna la Marseillaise. Tous les autres suivirent. Alors les Allemands amenèrent des mitraillettes tandis que des camions en files serrées les refoulaient à toute vitesse vers celles-ci. On compte seulement 5 morts, beaucoup de blessés et un grand nombre transporté dans un camp de concentration.-

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 5 décembre 1940.- A Saint-Omer, tous n'ont pas reconnu en Pétain le véritable chef de la France. Sa conduite a été très mal jugée. etc... Par contre, tous sont avec De Gaulle. On voit à Saint-Omer des personnes porter la Croix de Lorraine, signe de ralliement des forces françaises. D'autre part, certains aiment les Anglais, mais leurs actes inhumains à Dunkerque n'ont pas contribué beaucoup à les estimer. De sources différentes, on a appris que des soldats français qui pour s'embarquer étaient montés sur des bateaux anglais ont été balancés par leurs alliés, soi-disant alliés. Je cite un cas. Il y a en d'autres, aussi dégoûtants.

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  C'est ainsi qu'à la radio française on en a appris. Et cette sorte de séparation permet d'apprendre des choses qui ne sont pas toujours... D'autre part, la radio anglaise a donné des révélations intéressantes sur les gouvernements qui nous dirigent, Laval en particulier. Je ne parle pas de Pétain dont la conduite est soumise quoiqu'on en dise à Hitler.

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1er janvier 1941.- Comme le Général de Gaule l'a demandé, on observe bien l'heure de silence entre trois et quatre heures.- Pierre Corvisier

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 4 janvier 1941.- Incident notable à signaler. Dans le quartier du lycée et de la cathédrale, les Allemands ont vérifié les cartes d'identité. Cinq étudiants qui étaient dépourvus ont eu 2O Francs d'amende et cinq personnes, dont deux femmes, ont été arrêtées.- Pierre Corvisier

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20 janvier 1941.- Il ne faut pas rire avec les Allemands. C'est ainsi qu'une femme d'Arques assez respectable pour avoir qualifié un boche de tête de cochon s'est vu dans l'obligation de cirer des bottes d'officier. D'autres ont dû subir du violon. Pour avoir mis au mur deux tableaux de l'ancienne guerre, une jeune fille a passé vingt-quatre heures en prison.- Pierre Corvisier

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26 février 1941.- Deux jeunes gens qui s'étaient permis d'arracher les coins d'une affiche allemande ont été arrêtés et conduits à la prison où ils seront bientôt jugés.- Pierre Corvisier

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 23 mars 1941.- Je ne vous parle pas de "V" que l'on voit sur les murs depuis plusieurs jours. On a même été jusqu'à faire des "A bas Hitler" au milieu de la rue Clémenceau et des "Vive De Gaulle"....- Pierre Corvisier

bullet23 mai 1941.- Le curé de Saint-Denis est trop patriote. Il se permet en chaire de dire trop ce qu'il pense. Si ça continue, il va se faire coffrer. C'est lui qui s'occupe pour faire passer des jeunes gens en France Libre.- Pierre Corvisier
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31 mai 1941.- Grève partielle dans les mines. Les mineurs réclament du savon et de la nourriture. Ils se plaignent que tout leur charbon va en Italie et en Allemagne, alors qu'ici on n'a que presque pas de charbon.- Pierre Corvisier

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 2 juin 1941.- La grève est devenue générale dans les mines. Pas de charbon avant le 10 juin. Les mineurs détruisent en passant au goudron toutes les affiches. Ils viennent jusqu'ici pour avoir de la nourriture.- Pierre Corvisier

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 14 juillet 1941.- Quelques manifestations: à Saint-Omer, ports de cocardes, de petits bouquets tricolores; femmes dont le costume était bleu, blanc et rouge. On cite trois jeunes filles habillées chacune d'elle d'une robe bleue, blanche, rouge, etc... A Saint-Omer, on a planté un drapeau. La police a dû le retirer. A Béthune, un drapeau anglais et une drapeau français sont plantés en haut d'un pylone.- Pierre Corvisier

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 17 juillet 1941.- On dit qu'il y a beaucoup de parachutistes anglais qui descendent. Certains disent qu'il va se passer quelque chose d'ici lundi. On a vu de soi-disant tracts disant qu'il fallait se munir d'armes lors d'un débarquement anglais. Il n'y a plus d'armes.- Pierre Corvisier

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 12 août 1941.- Ici on considère que tous ceux qui sont avec Pétain sont des traîtres parce qu'ils ne comprennent pas sa politique, ses travaux, son activité. Les 9/10ème de la population sont des imbéciles et chose curieuse, ils sont butés. Certains n'écoutent que Londres, prétextant que tous les autres postes mentent. Londres ment comme toutes les radios. Dans tout, il faut en prendre et en laisser.- Pierre Corvisier

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 19 août1941.- Quatre Anglais se sont évadés de l'hôpital Saint-Louis dont un général amputé. Les Allemands ont cerné le quartier, mais ils n'eurent pas de résultat. Ils ont fouillé dans les maisons : armoires, chambres, grenier, mais toujours sans résultats. Ces messieurs avaient certainement pris une auto.- Pierre Corvisier

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20 août 1941 .- Du nouveau. Le général anglais, disons le lieutenant-colonel anglais a été dénoncé par une jeune fille extravagante du nom de L..., reconnaissable à son uniforme de la R.A.F. qu'elle portait. Elle a fait ça pour prouver qu'elle n'avait pas pris part à l'évasion. Peut-être aussi pour toucher de l'argent. Le colonel anglais lui avait donné 5000 fr. pour son évasion et elle en a reçu certainement plus pour sa dénonciation. Aux dernières nouvelles, elle a été coffrée par les Allemands pour avoir fait évader les quatre Anglais. L'évasion s'est fait la nuit et on a vu le matin les draps de lit pendant d'une fenêtre. Ce n'est pas tout: les gens chez qui le colonel s'était réfugié ont été arrêtés. Les Allemands sont arrivés chez eux, fait prisonnier le colonel, le mari. Quant à la femme absente, elle est revenue chez elle bientôt après et après qu'elle eut appris cette catastrophe, spontanément, elle a voulu joindre son mari. On notait que ce vieux ménage était des braves gens. Les trois autres Anglais n'ont pas été retrouvés.- Pierre Corvisier

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 22 août 1941.- Le ménage qui a recueilli l'Anglais va être libéré parce qu'il croyait que c'était un civil. La jeune fille qui a dénoncé cet Anglais a conduit les Allemands dans cette maison: elle allait recevoir 5000 fr.- Pierre Corvisier

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6 septembre 1941.- Le tribunal d'Arras militaire allemand a jugé les Français coupables de relations avec l'ennemi. Il en résulte que

  1.  M. Bourgeois, coiffeur, rue de l'Ecusserie, a été condamné à mort. Le jugement sera exécuté dans les quarante-huit heures. Les personnalités importantes de Saint Omer : le sous-préfet, le Maire, le doyen de Saint Sépulcre ont fait demande au Maréchal Pétain et à l'ambassadeur d'Espagne de surseoir à son exécution.

  2. Le garde-champêtre de Tilques, même peine, mais qui sera commuée en travaux forcés à cause de sa nombreuse famille. Cependant, Bourgeois a quatre petits gosses. Il est à remarquer que ce dernier a reçu de nombreux coups de cravache à la figure, mais il n'a dit que ce qu'il avait bien voulu dire.

  3. Mme Kesteloot, rue de Calais, quatre ans de travaux forcés pour avoir logé des Anglais. Elle est malade et à l'hôpital.

  4. Mr Lourdel, rue des Tribunaux, une certaine peine de travaux forcés pour avoir fait travailler des Anglais dans son garage. Attendons de plus amples renseignements, etc.- Pierre Corvisier

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 10 septembre 1941.- A partir d'aujourd'hui, Blendecques est en punition. Tous les cafés sauf cinq sont fermés pour la raison que des coups de feu ont été tirés dans la nuit du 10 au 11 août sur une patrouille.- Pierre Corvisier

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 11 septembre 1941.- Une triste nouvelle a surpris la ville de Saint-Omer. Les époux Hièque ont été condamnés à mort et exécutés ainsi qu'une jeune fille nommée Lucile Debaker qui avait participé à l'évasion. La dénonciatrice a été libérée et n'a pas eu de peine à subir malgré sa participation à l'évasion. Cette dernière a mis toute la faute à l'autre jeune fille et comme elle était bien avec les Allemands elle a été crue et les trois personnes fusillées. La conduite est monstrueuse et tout à fait méprisable. La nouvelle a fait sensation mais a donné lieu à des commentaires et des nouvelles plus ou moins vrais.- Pierre Corvisier

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 16 septembre 1941.- Cinq meules ont été incendiées volontairement pour se venger des forts prix des fermiers.- Pierre Corvisier

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 13 octobre 1941.- Les époux Hièque et la fille Debaker ne sont pas fusillés; ils doivent passer en jugement. On a bon espoir. D'autre part, la dénonciatrice aurait été arrêtée de nouveau. Ce n'est pas confirmé.- Pierre Corvisier

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 9 décembre 1941.- Une nouvelle a surpris tous les Audomarois. M. et Mme Didry de la rue de Valbelle ont été arrêtés, ainsi qu'une de leurs jeunes filles. On ne sait pas encore pourquoi ils ont eu affaire avec des Anglais. La mère et la fille seraient à Saint-Omer dans la caserne de la Place V. Hugo et elles seraient bien logées et chauffées. Quant au père, il semblerait qu'il serait à Loos. De même, le fils Lanselle, père de cinq enfants, a été aussi arrêté, sans doute pour des raisons analogues. Il est à remarquer que les époux Hièque et la fille Debaker sont toujours à Arras et n'ont pas été fusillés comme certains ont prétendu.

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 10 décembre 1941.-  Mme Didry et sa fille seraient parties à Loos.- Pierre Corvisier