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Résistance, résistantes et résistants dans le Pas-de-Calais

(1940-1945)

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Le réseau "Richard Coeur de Lion"

A Arras, se constitua assez rapidement un petit groupe, autour d'Arthur Richard, un Britannique, qui donna, semble-t-il, à cette petite organisation, l'appellation de "Coeur de Lion". Le réseau pouvait compter à Arras même sur Zoé Evans, épouse d'un Britannique, Berthe Fraser et Elisabeth Barba. Il se chargea de repérer les militaires hébergés dans l'Arrageois et le Ternois, multiplia les contacts, étendit sans cesse ses tentacules jusq'aux groupes locaux qui se formaient de proche en proche, de "façon élastique", pour reprendre une expression du Docteur Poiteau de Bienvillers-au-Bois. La présence du réseau est attestée dans la région d'Arras, à Beaumetz-les-Loges, où Jules Gosse depuis juillet récupérait les Anglais; il est aidé de Barbier de Rivière et de Marguerite Caupain. Dans le canton de Pas-en-Artois, s'activait Eliane Méplaux, une mère de quatre enfants et dans les villages autour d'Hébuterne, elle rassemblait une quinzaine de familles. Ce réseau, tout informel, recrutait nombre de prêtres de paroisses rurales, comme l'abbé Louis Davault de Gouy-en-Artois, Jules Berthelot, curé d'Hauteville, F. Fauquembergues, curé de Croisette, au coeur du Ternois, aidé de la famille Beuvry, d'Héricourt, Edouard Regnier, curé de Conchy-sur-Canche; on faisait jouer les solidarités "professionnelles", les réseaux d'interconnaissance.

Vers le Bassin Minier, le réseau s'affiliait les noyaux constitués autour de Madeleine Guillemant d'Oignies, Roberts de Beuvry, la famille Barnes de Souchez, Jack Shrimpton de Bully-les-Mines, Jane Lecocq de Bully. L'ensemble formait en somme une structure assez lâche, rassemblant peu ou prou tout ce qui résistait en Artois et en Ternois, du moins ceux qui s'étaient manifestés dans la récupération des Britanniques.

Deux ou trois filières semblent avoir fonctionné à partir d'Arras, et ce dès avant la fin de l'année 1940. Jules Gosse, de Beaumetz-les-Loges, selon des modalités qui restent à préciser, assura les premiers convoyages à partir de septembre ou d'octobre. Les Alliés étaient dirigés vers Saint-Valéry-sur-Somme et Port-le-Grand. La ligne de démarcation était franchie à Vierzon ou Plainpied et par la suite, on gagnait Marseille où l'on remettait les militaires au Consulat américain. On ne sait trop combien de convoyages furent ainsi effectués. Certains témoignages parlent d'un voyage hebdomadaire. Ce système fonctionna correctement jusqu'au début de l'année 1941. La pression allemande et les menaces se précisaient. L'abbé Davault fut alerté le 3 janvier 1941 par un émissaire de la Préfecture et il prit le large avec Jules Gosse, se refugiant pour quelques mois en zone non occupée: ils profitèrent de l'occasion pour prendre en charge trois Britanniques, mais leur itinéraire fut parsemé d'embûches. Leur passeur de Port-le-Grand venait d'être arrêté et ils gagnèrent Marseille après maintes péripéties. Nos deux hommes revinrent en Artois en juillet, mais Gosse fut bientôt arrêté. Par ailleurs, le groupe d'Hébuterne- Bienvilliers était décimé au début de 1941.

Est-ce à partir des difficultés de janvier que le réseau emprunta une filière animée par des cheminots? De nombreux indices signalent son existence, mais il nous est difficile d'en tracer l'organisation, tant il est vrai que la résistance des cheminots, pour effective qu'elle ait été, fut phénomène collectif, et malheureusement pour nous, au niveau de ses protagonistes, anonyme. Quoi qu'il en soit, l'arrestation de vingt-et-une personnes, survenue le 25 mars 1941, à la gare d'Arras, montre que cette filière fonctionnait régulièrement. Elle était animée par Adèle Evans. Les Britanniques étaient habillés en bleu de chauffe. Le réseau Richard Coeur de Lion en fut démantelé.

Le réseau des cheminots semble avoir recueilli quelques rescapés de la région d'Aire-sur-la Lys et de l'Audomarois, par l'intermédiaire probable de Georges Kiers qui commençait ainsi sa carrière de résistant. Il participait à ces évasions avec le concours de Melle Laure Caux, soeur de Raphael, pâtissier à Lumbres et il est presque certain que les premiers Britanniques rapatriés par le groupe Havet de Lumbres transitèrent, fin 1940, début 1941, par Aire-sur-La-Lys. La filière S.N.C.F. permit peut-être aussi des évacuations à partir de Calais. Quatre soldats anglais hébergés depuis juin 1940 chez Mme Veuve Leroy et chez M. Bourré Léon furent convoyés vers Paris depuis la gare de Calais par Raymond Billiet, employé SNCF. Il s'agissait de B.A. Bichers, G. Green, T. Rixon, T. Evans.

Cette filière S.N.C.F. nous amène à nous interroger sur le réseau Lord Denys, crée par André Vérot, un cheminot de Saint-Denis près de Paris. Ce personnage, tout à fait étonnant, aurait fondé dès 1940, une organisation de résistance dont les activités furent des plus diverses, alliant l'évasion des Alliés, le renseignement, voire l'action. Il ne put jamais faire homologuer son réseau, mais le dossier qu'il a établi à cette fin nous apporte quelques indications intéressantes qui montrent qu'il fut en cheville, à une date très précoce, avec des groupes du Pas-de-Calais. Plus particulièrement, Vérot dit qu'il organisa des groupes en Pas-de-Calais, à Arras, où il cite le nom d'Eliane Mépleaux, une résistante de la première heure, à Aire-sur la Lys, autour de Laure Caux et à Lumbres, avec Raphaël Caux. Parmi ses contacts, il cite également Richards (est-ce notre Arthur, promoteur du réseau Richard Coeur de Lion?). Par ailleurs, le fichier Lhermitte signale quelques résistants précoces, se disant affiliés à cette organisation, notamment Virginie François, de Bienvillers, du groupe Méplaux, arrêtée en janvier 1941. André Vérot fut-il le grand ordonnateur, à une date précoce, d'un réseau d'évasion S.N.C.F? Certains témoignages font état d'une filière qui aurait fonctionné, à partir d'Arras, par les soins de Lucien Delassus: elle faisait passer des clandestins (pas forcément des Britanniques) jusqu'à Ermont, dans la banlieue nord de Paris.